33 ans et quel rollercoaster !
Cher Journal,
Cette entrée sera différente des autres - du moins, je crois. J’ai toujours eu à coeur d’être honnête et transparente, ce qui m’a parfois amené à mentionner des choses personnelles mais cette fois, je crois vraiment que le ratio perso/pro sera de l’ordre du 70/30. Autrement dit, si ma vie ne t’intéresse pas, je t’en prie, zappe, il n’y aura pas de reproches.
Aujourd’hui, j’ai trente-trois ans. La vérité, c’est que lorsque ma femme m’a dit le fameux “trente-trois” ce matin, je me suis dit “ah bon ?” car je dois toujours compter pour vérifier mon âge. Je n’ai pas peur de vieillir, mais d’une j’ai toujours eu un souci pour retenir des chiffres, de deux… j’en ai profondément rien à carrer de mon âge. Genre, vraiment. Je me perçois et me définie de plein de façon, mais pas vraiment avec mon âge, car j’ai des ami.e.s plus jeunes mais aussi plus âgé.e.s et ça ne change rien, car ce qui fait l’amitié, ce sont les points communs, et pas de savoir de quelle année t’es. Enfin bref, j’ai trente-trois ans aujourd’hui et cet anniversaire ne sera comme aucun autre.
Je n’en ai jamais vécu des comme ça, et je n’en revivrai jamais.
C’est super étrange à dire, on dirait presque une prophétie ou un basculement dramatique. Tu le sais peut-être, ou tu ne le sais pas, mais avec ma compagne, on était en PMA (procréation médicalement assistée) depuis septembre 2024. Ca a pas été simple de gérer ça au milieu de mes bouquins et parfois ça relevait de l’accrobatie : trouver l’envie d’écrire au milieu du désespoir, du stress ou de l’attente. Composer avec des rendez-vous médicaux très fréquents, très intrusifs, avec de gros impacts sur le moral et continuer à faire la promo de mes romans. Oh well. Je l’ai pas toujours bien vécu, ce mix perso-pro, mais ça se faisait.
Mais tout a changé maintenant, car je suis enceinte ! Depuis plusieurs mois déjà. Mais pour en revenir à mon anniversaire, c’est le seul, l’unique, que je vais passer en étant plus juste Emilie. Peut-être qu’on aura d’autres enfants, qu’il y aura d’autres anniversaires “à deux coeurs dans le même corps”, mais celui-là, c’est le premier, et c’est forcément unique. On a qu’une première fois.
C’est le bonheur et le miracle de notre vie, mais je n’ai pas l’intention de consacrer toute ma communication à la maternité. C’est juste que ça fait partie de moi - littéralement, aujourd’hui. Ca ne parlera pas aux personnes qui ne veulent pas le vivre, mais je vous promets que ça a une saveur particulièrement douce, surtout après toutes ces larmes, ces douleurs, ces déceptions. C’est peut-être mon meilleur cadeau dans le fond.
C’est aussi sans doute le dernier anniversaire avant très longtemps que je passe dans un calme olympien, savourons.
Blague à part, cet anniversaire c’est aussi le premier de choses moins cools. C’est le premier que je passe en tant qu’orpheline, et pas parce que j’ai dû enterrer mes parents mais parce qu’eux ont décidé de le faire avec moi, métaphoriquement.
Bienvenue au milieu d’une famille lunaire qui décide de couper les ponts avec sa fille à cause des kilomètres, d’un point de vue officiel.
Je sais, je sais. Mieux vaut ne pas avoir de gens problématiques ou salement égocentriques dans sa vie, blablabla, on est mieux seule que mal accompagnée blablabla, mais c’est pas vraiment ça qui est en jeu - car ça, je l’ai intégré depuis longtemps, et je trouve que c’est une bonne chose que ce genre d’individus prenne la porte. Ce qui est en jeu, c’est le fait de te dire que ta mère a aucune difficulté à t’abandonner. Et pas parce que tu lui fais vivre l’enfer, pas parce que t’as volé sa bagnole pour la 5eme fois pour aller la revendre, pas parce que t’as tué quelqu’un ou foutu le feu à sa baraque. Non, juste parce que la flemme et faudrait SURTOUT pas frôler la remise en question.
Bon, je vais pas épiloguer, mais si je le dis, c’est parce que je sais que je ne suis pas seule dans cette situation, je connais les “mixed feelings” associés. Alors si tu le vis, ou l’as déjà vécu, on est ensemble, d’accord ?
C’est malheureusement aussi l’anniversaire qui porte avec lui ce que je redoutais : les réformes me tombent dessus et l’avenir est flou, très flou.
J’ai consacré mon début d’année à un manuscrit que je souhaitais envoyer en maison d’édition et par conséquent, je n’ai rien publié de nouveau. De plus, le début de la grossesse a été extrêmement stressant avec une menace d’interruption de grossesse. Autant dire que j’avais pas vraiment la tête à faire le clown sur Tiktok pour promouvoir mes bouquins. Tout ça fait que mon revenu n’a pas chuté, il a disparu. Genre, pouf.
Et c’est un peu déprimant de se dire qu’en deux mois, tout peut disparaitre. Et c’est flippant, aussi, par la même occasion. Je sais que ça va revenir à la prochaine parution, mais c’est éreintant de devoir tenir ce rythme, et de ne jamais avoir droit à une période d’absence de plus d’une semaine. Imaginez un job dont vous ne pouvez pas vraiment prendre congés sinon vous perdez un mois de salaire ?
Cette année, celle de mes trente-trois ans, sera ride or die (métaphoriquement, hein).
Je n’aurais plus d’aides de personne, mes livres devront subvenir à mes besoins, et si ça n’est pas le cas, il faudra faire autre chose, et ça aura des conséquences sur l’écriture, car je n’aurais pas l’énergie pour tout.
Je ne dis pas ça pour plomber l’ambiance car je suis plutôt confiante pour ma part, juste dégoûtée de voir les conséquences de mon absence et du rythme que je vais devoir m’imposer. J’ai pas mal de projets à mener à terme qui pourraient aider, il faut juste que je trouve l’énergie et le temps, entre mes rendez-vous, mon mal de dos persistant, mon besoin de repos et mes galères administrives à cause de ce gouvernement de chiotte.
Mais c’est aussi l’anniversaire du livre audio d’Etincelles au ranch ! Ou plutôt, sa naissance, car il sort aujourd’hui ! Je trouve ça fou de me dire que deux personnes ont fait les voix, et qu’on peut maintenant l’écouter au même titre que La femme de ménage ou je ne sais quel bouquin populaire.
Je ne sais pas vraiment comment finir cette newsletter interminable car je pourrais encore parler de plein de trucs. Cet anniversaire, c’est qu’un anniversaire. Je n’y suis pas vraiment attachée. Je ne fais pas de fête, je ne vais pas au resto et si on mange juste des frites je suis contente. Mais c’est un tournant. Un tournant dans ma vie, dans ma carrière, dans le monde aussi (ça on s’en serait bien passé).
Mais aujourd’hui, malgré les crasses, je peux le dire : je suis heureuse. Dans le chaos, parfois dans l’angoisse ou la fatigue, mais je suis heureuse. Alors la vie, stp, keep up, car j’aimerais bien qu’on ne dérive pas trop de cette ligne de conduite.
Take care,
E.




Oooh félicitations!!! 😍 Et désolée pour tout le reste, ça n'a pas l'air facile du tout; je te souhaite plein de courage pour ces prochains mois!
Félicitations Emily !